Au-delà des théories sur l’impulsivité ou le court-termisme, les tatouages ne semblaient pas pénaliser leurs adeptes. Côté type d’emploi, échelle salariale et revenu annuel, les chercheurs n’ont décelé aucun lien entre le tatouage et un quelconque désavantage ou préjudice dans le marché du travail. (Illustration de Leeandra Cianci)

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Tatoué sur le cœur

Est-il plus difficile de se faire engager quand on est tatoué? Oui et non, disent de nouvelles études.

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Les tatouages ont longtemps été l’apanage des pirates, des détenus ou des Maoris. Mais aujourd'hui? Rien de plus banal. Les tatouages en tout genre sont monnaie courante. Même votre mère pourrait se présenter à une entrevue d’embauche avec un tatouage visible. Mais l’employeur, lui, qu’en penserait-il?

Un récent sondage Harris Poll révèle qu’aux États-Unis, 47 % des Y arborent au moins un tatouage. Plus du tiers en ont quatre ou plus. (Il n’y a aucune étude du même genre pour le Canada.) De fait, malgré leur popularité croissante chez les jeunes, les tatouages suscitent encore diverses réactions négatives sur le marché du travail. Selon une enquête menée auprès de spécialistes en ressources humaines par une équipe du York College (Pennsylvanie), 60 % des répondants estimaient qu’un tatouage visible ferait obstacle à l’embauche. Conclusion : les tatouages ont beau se normaliser chez les moins de 40 ans, ils déplaisent aux recruteurs issus de la génération précédente.

Deux études récentes jettent un autre éclairage sur la délicate question de la signification des tatouages, et de leur incidence sur les perspectives d’emploi. Deux professeurs de l’Université Wilfrid-Laurier à Waterloo (Ontario) – Anne Wilson, psychologue sociale, et Bradley Ruffle, économiste – voulaient savoir si les participants tatoués abordaient leur avenir différemment des autres. Eh bien, il semble que oui, révèlent les expériences sur la gratification à court et à long terme que les deux chercheurs ont menées en ligne. « Les participants aux tatouages visibles seraient plutôt impulsifs et orientés sur le court terme, surtout les hommes », explique Mme Wilson. Ce résultat donne à penser que le stéréotype du tatoué irréfléchi se confirme.

En revanche, une autre enquête publiée cet été par des chercheurs de l’Université de Miami et de l’Université de Western Australia s’est penchée sur la qualité du travail accompli par les salariés tatoués, et sur leur rémunération. Or, au-delà des théories sur l’impulsivité ou le court-termisme, les tatouages ne semblaient pas pénaliser leurs adeptes. Côté type d’emploi, échelle salariale et revenu annuel, les chercheurs n’ont décelé aucun lien entre le tatouage et un quelconque désavantage ou préjudice dans le marché du travail.

Ces nouvelles données n’étonnent pas Mme Wilson, en dépit de ses propres résultats. L’impulsivité, souvent considérée comme un trait négatif, dénote parfois une pensée créative et originale, ou encore, la rapidité décisionnelle. « Dans certains milieux, les tatouages sont bien vus », avance-t-elle. Surtout chez ceux qui suivent une carrière sur mesure, en phase avec leur personnalité et leurs affinités. Et il y a un monde entre le tatouage qu’on se fait faire après une soirée trop arrosée (et qu’on regrettera amèrement) et celui qui commémore la disparition d’un être cher. À mesure que les Y tatoués graviront les échelons, souligne-t-elle, les préjugés défavorables s’estomperont. Si tout le monde s’enorgueillit d’avoir un tatouage, nul n’y trouvera plus à redire.